Le candidat, l'élu et l'investi.
Un président-candidat n'est pas un président élu, beaucoup moins un président investi. Et la différence entre ces trois étapes graduées est de taille. Si le premier ne représente que sa personne ou, au mieux, son parti politique, le second, lui, représente le peuple tout entier, y compris ses détracteurs. Quant au président investi, il est tout simplement l'Etat, avec tout ce que ça signifie. Il est le peuple, le gouvernement, l'armée, le drapeau, bref sa propre personne s'efface devant l'imposante stature, certes morale, de l'Etat. En conséquent, il n'a pas d'amis, pas d'ennemis, pas d'intérêts propres. Ses amis, ses intérêts ainsi que ses ennemis, sont, en effet, ceux de l'Etat.
Il doit mesurer sa parole, protéger les symboles et soigner les apparences. Tout doit-être irréprochable.
D'autre part l'habitude est l'âme des États, disait Pouchkine. Et, malheureusement, la notre est particulièrement nocive. C'est pourquoi le président investi doit mesurer le défi à sa juste valeur. Il doit savoir que plusieurs décennies de mépris des lois, de gabegie et de corruption aggravée laissent des traces. Son rôle ici est donc d'éduquer par l'exemple, promotion pour les plus méritants et punitions appropriées pour les fautifs. Qu'il comprendra surtout que seules ses actions comptent.
En effet le president investi, contrairement au candidat qui peut briller par son discours ou au l'élu qui peut s'en sortir uniquement avec ses bonnes intentions, sera uniquement jugé sur son bilan réalisé. Il sera attendu au tournant, décrié à tort ou à raison. Il doit, enfin, tenir car de lui dépend tout un peuple qui, au demeurant, n'avait rien demande au départ.
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