L’état du Monde
Le monde occidental vit depuis, au moins, une décennie sur la fausse idée de l’horizontalité de la courbe historique. Une horizontalité censée lui être favorable. Dans la mesure où elle ne doit intégrer que ses données civilisationnelles. Autrement dit, la démocratie, comme système de gouvernance, le libéralisme du marché, comme model économique, et une laïcité chrétienne promue comme l’unique model religieux civilisé.
Cette idée utopique n’est pas tout à fait nouvelle. On la trouve, en effet, dans la philosophie hégélienne motivée par la courte émancipation des peuples d’Europe qui a suivi la révolution française. Elle portait, à l’époque, un nom. Celui de la fin de l’histoire. Cependant, les événements que l’Europe a connus, depuis, ont tordu le cou à cette idée ainsi qu’à ses partisans.
L’ivresse des élites occidentales après l’éclatante victoire de la guerre froide, sur le « diable » soviétique, l’a fait revivre de nouveau. Les maitres-penseurs anglo-saxons, convaincus que l’hégémonie ne se pratique que dans l’adversité, l’ont sorti, et dépoussiérée, de leurs caves idéologiques. C’est ainsi qu’on la trouve, comme arme de guerre, chez les nouveaux conservateurs américains dans un nouveau concept dont le diable, cette fois-ci, est le monde musulman. Ce concept, à deux temps, commence par un imaginaire choc des civilisations comme prélude inévitable à une prétendue fin d’histoire qui consacrera l’hégémonie définitive de la civilisation occidentale.
Une fois de plus, les réalités des événements ont donné tort aux porteurs de flambeau de cette idéologie belliqueuse, les nouveaux conservateurs américains. Le narcissisme des petites différences a montré, pour ceux qui en doutaient, que ses méfaits sont toujours plus néfastes que les hostilités issues des autres différences.
Le déchirement intercommunautaire que le monde musulman vit actuellement est, en effet, plus dangereux à long terme, pour lui, que tout autre conflit avec l’Occident. Qu’il soit en Irak, au Liban ou même en Afghanistan, les germes des guerres futures sont semés et ils ne tarderont pas à donner leur récolte de malheur.
Pour l’Occident, on assiste, aussi, à une situation similaire. Le retour en force de sa composante orientale a ravivé les démons du passé. Un passé que les slaves-orthodoxes, confortés par des conjectures économiques et géopolitiques favorables, veulent bien venger à leur manière. C’est très probable que des régions du monde comme l’Ossétie, l’Abkhazie ou la Crimée rentrent dans les dictionnaires d’histoire comme elles le furent, jadis, l’Alsace-Lorraine, les Sudètes ou Sarajevo. Tous les ingrédients nécessaires à un tel événement sont effectivement la. A commencer par l’amateurisme de certains jeunes dirigeants du Caucase pro-américains et l’opportunisme des irréductibles nationalistes russes décidés à rappeler à ceux qui ont la mémoire courte ce que c’était l’armée rouge.
Ce choc des titans qui se dessine commence déjà à influencer notre cher tiers monde. Un retour à une bipolarisation des rapports internationaux est devenu inévitable avec son lot de déchirements internes, de coups d’état et de guerres civiles. Cela dit, nous en Mauritanie, on n’a pas attendus pour s’adonner à notre sport favori, les coups d’état. Sur ce point, au moins, on est à l’avant-garde.