Le chatiment de Sisyphe ou l’eternel commencement
Voir le General Aziz décorer, ce matin, nos héros poètes n’était pas pour me laisser indifférent. L’empressement du président du HCE à faire croire à un retour à la normale masque, d’une part, une absence de maitrise de la situation poste renversement du président Sidi. Ce qui renforce, d’ailleurs, la version de Généraux selon laquelle ils n’ont pas planifié leur action et qu’ils se sont trouvés poussés à tout improviser.
D’autre part, un de nos poètes, Ould Adobbe, a évoqué dans l’un de ses poèmes son malheur d’avoir à porter sur son dos, tout seul, le caillou jusqu’au sommet de la montagne. Il faisait référence au chatiment de Sisyphe, qui devait, selon la mythologie grecque, rouler un caillou jusqu'en haut d'une colline alors qu'il redescendait chaque fois avant de parvenir à son sommet. C’était, pourtant, une semaine avant le putsch. Et il ne savait pas si bien dire. Drôle de coïncidence. Sauf si on pense, comme de Ronsard, que : Ce sont les seuls interprètes des vrais dieux que les poètes.
La nouvelle situation en Mauritanie ressemble, en effet, à un chatiment de Sisyphe. Au moment même ou nous pensons, et le monde entier avec nous, qu’on a atteint le sommet, on se trouve obligé de tout reprendre. Tout recommencer. Quel malheur avons-nous commis pour mériter ce chatiment ?
Pour répondre à cette question, on est contraint d’accepter la très détestable idée de la responsabilité collective. Cette responsabilité n’est ni celle des militaires. Ni celle des Politiques. Ni même celle du président Sidi. Elle est essentiellement dans la superficialité avec laquelle les Mauritaniens manient des notions profondes et lourdes des conséquences, comme la démocratie. La très légère notion d’état qu’on a en Mauritanie est source de cette absurdité qui se manifeste par cet éternel commencement qui nous prive d’achever notre marche vers le sommet. D’où nos points communs avec Sisyphe.