La règle, l’accommodement et l'exception
C’est bien connu, avant même que le grand Nietzsche le confirme, la situation engendrée par la règle est différente de celle que la règle engendre. L’envie de pouvoir tout contrôler n’est pas complètement étrangère à cette prédominance de la règle sur ses conséquences. Bien évidement, la règle ne va pas toujours. Elle a ses accommodements et, dans les pires des cas, ses exceptions.
Et la fiabilité d’une règle est jugée, d’une façon inversive, par ses exceptions et ses accommodements.
En démocratie, notre sujet ici, la règle est aussi simple qu’absolue : est habilité à gouverner celui que la majorité approuve. Et la simplicité de la règle la fragilise devant les complexités des situations. Et c’est justement sa fragilité qui nécessite son renforcement.
Le rapport de la démocratie avec les crises, est un rapport rhétorique plus que dialectique. Autrement dit, ce qui compte n’est pas d’avoir raison, c’est de convaincre la majorité de son auditoire. Juste pour l’anecdote, la démocratie est le seul phénomène aristotélicien que les arabes n’ont pas pu comprendre.
Pour retourner à nos « moutons », malgré des conditions douteuses d’accession au pouvoir et une gestion peut-être calamiteuse, le président Sidi reste dans la légitimité démocratique. Une légitimité qui découle de la règle fondamentale. Par contre, le Général Aziz, et malgré les services rendus à la nation, n’est qu’un usurpateur militaire de plus dans l’histoire du pays. Ses bonnes intentions, qu’on est prêt à lui accorder par le bénéfice du doute, n’y peuvent rien changer.
Le renversement du président Sidi ne peut, même pas, être considéré comme un accommodement de la règle démocratique. Il est, par contre, une exception dangereuse d’une règle qui n’en accepte pas. Une exception qui, une fois refusée par le peuple, annule l’état démocratique qu’elle prétend redresser.