L’Auberge Espagnole
Soucieux de joindre l’utile à l’agréable, je me suis proposé volontairement, en apprenant que son excellence prend des vacances méritées en Espagne, de lui faire le guide.
A défaut d’avoir les grands yeux noirs de l’Esméralda de Nizar, je ferai tout pour lui éviter le douloureux passage par l’Alhambra de Grenade. Le luxe du palais lui rappellera certainement que le pouvoir est éphémère. Que rien ne dure hormis, bien évidement, les bonnes actions. Je lui éviterai, aussi, Almeria et son poète Lorca. Il n’a pas besoin de le lire pour savoir que : « C'est notre heure. Nous devons être jeunes et vaincre». Il le sait déjà. Il sait qu’il doit vaincre. Que l’avenir du pays dépend de sa réussite. Je lui fais voir la maison de Cervantès à Valladolid. Il pensera, probablement, à son Don Quichotte. Il saura ainsi que deux expériences peuvent se constituer et deux personnages peuvent apparaître face à face. Il se réconciliera, alors, avec sa destinée en comprenant que ses moulins à vents, à lui, sont plus prenables que ceux du vaillant chevalier devenu fou par ses bonnes intentions. Il réévaluera, enfin, les conseils de sa dulcinée. Hasard ou coïncidence ? Cervantès n’a pas dit.
Je l’amènerai, en suite, à Tolède, la capitale de la Castille. Je le présenterai à son héro imaginaire. Ce brave Le Cid, respecté par ses amis et craint par ses ennemis. Il verra, alors, les choses autrement. Peut-être, même, modestement. Lui qui sait déjà qu’à vaincre avec les militaires on gouverne sans pouvoir.
Je l’amènerai, en fin, à Séville. Malgré qu’il fasse chaud à Séville en cette période de l’année, je lui présenterai son barbier. Il comprendra que chacun à son général rival. Il comprendra que, comme Barthollo, il doit protéger la toute orpheline démocratie mauritanienne dont il est le tuteur.