France-Mauritanie : La Diplomatie de Crise
« Là où la diplomatie a échoué, il reste la femme ». Ce proverbe arabe résume à lui seul la juste appréciation, de la part des autorités mauritaniennes, de l’étendu du fossé qui sépare la Mauritanie de la France. Ce fossé qui a commencé avec le rapprochement américano-mauritanien et qui se creuse depuis et d’une façon inéluctable jusqu'à atteindre son paroxysme avec les dernières informations-rumeurs concernant une réelle présence américaine en Mauritanie. Une présence que les français, très informés, prennent pour une réalité
La femme que la Mauritanie a choisi pour cette mission impossible aura besoin de beaucoup de chance pour réussir à diminuer le degré d’irritation des autorités françaises de cette surprise sortie du rang que la Mauritanie a effectué par son rapprochement avec les Américains. Au point qu’ils ne se sont pas gênés pour rappeler aux Mauritaniens récemment à Nouakchott les sommes colossales que la France a investi en Mauritanie depuis l’indépendance jusqu’ à nos jours.
En parfaite symbiose avec l’écrivain français Gustave Le Bon qui dit « Pour les diplomates comme pour les femmes, le silence est souvent la plus claire des explications », les Mauritaniens grands charmeurs continuent à tirer profit de leurs expériences de séducteurs notoires en restant très avare sur les explications à fournir pour leurs collègues français. Ce qui n’est pas sans aggraver le sentiment de trahison que ces derniers ressentent à l’égard de la Mauritanie.
Le roi Salomon, montrant à la reine de Saba son trone, lui dit : Rassemble-t-il à ton trône ? Celle-ci lui répond très intelligemment : Il lui ressemble. Elle a répondu vrai en se limitant évasivement à la question posée, tout en gardant l’honneur sauf. La langue de bois diplomatique vient de naitre.
Je conseille à madame l’ambassadeur de prendre de la graine sur la reine de Saba et de ne pas nier la présence américaine en Mauritanie à ses interlocuteurs français.
La seule lueur d’espoir dans cette histoire vient du fait que la diplomatie française est très occupée à mettre en place l’Union Méditerranéenne, le projet de substitution du Grand Moyen Orient de Bush. En conséquence, ils n’ont pas le temps pour les crises. En effet, Henry Kissinger, le maitre à penser de l’aile atlantiste qui s’occupe de la diplomatie du gouvernement Sarkozy, dit : « Il ne peut pas y avoir de crise la semaine prochaine : mon agenda est déjà plein ». Alors, à vous de jouer, madame l’Ambassadeur. Prouvez nous, une fois de plus, qu’en diplomatie, les femmes sont les meilleurs hommes en temps de crise.