Muaritanitude
Le peuple mauritanien, comme tous les peuples sortant subitement d’une longue période de bédouinité, a du mal à s’habituer avec cette étrange invention superficielle qui est l’état.
C’est ainsi que tribalisme, régionalisme et népotisme ont facilement trouvé le chemin à la tradition mauritanienne. Une tradition affaiblie par l’absence d’une solide mémoire étatique.
Et puisque les malheurs, comme les jumeaux, ne viennent jamais seuls, on était obligé d’adopter un système de gouvernance qui nous est plus étrange que la notion de l’état elle-même : la démocratie.
Le citoyen mauritanien, pris au dépourvu, a développé un système de survie basé sur une absence totale de responsabilité vis-à-vis de l’état et en fin de compte vis-à-vis de lui-même. C’est ici que le génie mauritanien se manifeste, il faut tout justifier, tout expliquer, mettre la faute sur quelqu’un, sur quelque chose. Bref, il faut qu’un semblant d’honneur soit sauvé. Jusqu’ici rien de grave, rien d’extraordinaire, tous les peuples du monde ont leurs travers et leurs faiblesses.
Le grave c’est qu’en Mauritanie, nos dirigeants arrivent à des hauts postes de responsabilité avec une riche expérience de citoyens irresponsables, incompétents et dubitatifs face à cette étrange notion d’état. Ce qui explique quelques agissements très enracinés dans les mœurs mauritaniennes comme le vol du bien public et le tribalisme, la seule notion qui comprennent parfaitement et qui ont complètement saisi ses tenants et ses aboutissants. IL est vrai que ces agissements laissent parfois perplexe, comme certains discours officiels qui, pas seulement, se dédouanent de toute responsabilité, mais pire, ils mettent cette responsabilité sur le citoyen lui-même, prouvant une fois de plus que l’absent a toujours tort. Devinez par exemple, l’explication donnée par le ministère de l’éducation nationale, en annonçant les résultats du Bac, pour se dédouaner de sa responsabilité dans le faible taux de réussite : les étudiants ont un très bas niveau. Faute de qui ? Allez savoir.
L’ironie de l’histoire c’est qu’on ne peut même pas rapprocher cette absence d’éducation à notre cher ministère de l’éducation car on sait très bien d’où vient cette insolence. Elle vient tout simplement de nous. Un écrivain français, homonyme de Proust, dit : « Exiger de savoir qui les éduque, de ceux qui prétendent vous éduquer », au moins nous on sait. Quel malheur.