Taya : La vieille garde va-t-elle se rendre ?
La polémique suscitée récemment par la volonté de certains mauritaniens de traduire l’ancien président Taya devant une justice nationale ou internationale est, en plus de sa nature d’invité malvenu sur le débat national actuel, en déphasage complet avec la réalité du pays.
Il est vrai que Taya n’est plus là, mais régner durant la moitié de la mémoire nationale d’une nation laisse des traces.
Un regard, même furtif, sur les bancs de l’assemblée nationale mauritanienne en dis long. La majorité est issue de l’ancien système de Taya, pour ne pas dire ces fidèles. Le président, démocratiquement élu, est arrivé au plais ocre en grande partie grâce à l’aide de ces derniers. Le premier ministre est issu lui aussi de ce même système, pire encore il a été appuyé durant sa campagne présidentielle par les irréductibles de Taya. Les officiers supérieurs de l’armée ont tous gagné leurs médailles sous le règne de celui-ci. Le patronat national est entièrement composé des riches commerçants qui ont fait fortune avec la complicité de Taya et ils sont fideles à son régime de gabegie généralisée, qu’est source de leurs richesses.
Quant à la société civile, largement dominée par les chefs de tribus, elle se souvient, avec beaucoup d’amertume, du traitement de faveur officialisé sous le règne de Taya et dont elle a fait l’objet.
Comment Taya a été évincé du pouvoir alors, me direz-vous certainement. Je vous répondrai que c’est tout simplement un changement de direction au sein de ce même régime, preuve de sa force et de son indépendance.
Ce changement qui a été mis en place par une vieille garde extrêmement solide, compacte et déterminée. Pour pouvoir juger Taya, il faut d’abord obliger celle-ci à se rendre à la volonte nationale pour qu’elle se résigne à contribuer dans l’effort collectif pour l’instauration d’un état de droit pour tous. Ce qui n’est qu’un veux pieux, surtout si on sait que, d’après Pierre Cambronne, la garde meurt mais ne se rend pas.