Taya : Justice ou vengeance ?
L’ancien président mauritanien Taya retourne sur la scène nationale d’une façon inattendue et le moins qu’on puisse dire qu’elle inquiétante, contrairement à ce que certains pensent.
Le discours de mobilisation contre Taya en vue d’obtenir un jugement international, entendu ici ou là ces derniers jours, peut-être très mal pris par une bonne composante de la population mauritanienne. Ce qui n’est pas sans contribuer à mettre le projet de l’unité national en grand difficulté. Un projet qui est encore très fragile.
En effet, cette mobilisation à caractère presque ethnique, motivée peut-être par la répression sanglante qu’une ethnie particulière a subi, fera de Taya l’ennemi d’une seule composante de la société mauritanienne et par opposition l’ami ou le protecteur d’une autre. Ce qui est, outre sa nature dangereuse, profondément fallacieux. Taya, par la définition même de son régime dictatoriale, était l’ennemi de toute la société mauritanienne et ca doit être considéré comme tel.
On peut s’inspirer de la sagesse libérienne qui a renoncé à juger Charles Taylors, en aucune mesure comparable à Taya, pour consolider sa paix intérieure et renforcer son unité nationale.
De même on peut prendre leçon sur l’Irak. En exécutant Saddam, ils ont nourri la haine intercommunautaire en obligeant les sunnites de rentrer en guerre civile pour se venger de chiites.
Il me semble aussi important de faire remarquer, à tout le monde, que le système Taya est toujours en puissance en Mauritanie, et que son éventuel jugement sera considéré comme une vengeance ethnique.
Ce qui fera, pour des responsables politiques et militaires complices de Taya, l’effet de la sortie d’un cadavre du placard. Un cadavre que ces derniers ont largement participé à sa mise à mort.
Je crois que le bon sens nécessite de consacrer les énergies à la réparation des méfaits de la règne Taya par le retour, le plus rapidement possible, de nos concitoyens déportés avec les honneurs et la reconnaissance du préjudice subi. Quant aux morts, outres les prières, je ne vois pas qu’est-ce qu’on peut faire de plus à part de donner la Diyya ( le prix du sang) à leurs ayants droit.
Tout en espérant que dieu sera clément avec nos morts comme avec nos vivants.