31 Août 1969 : un jour, une histoire.
Le soir du 31 Août 1969, profitant de l'absence du roi Senoussi, en vacance en Turquie, une douzaine d'officiers libyens regroupés dans un obscur mouvement clandestin qui se fait appeler commandement de la révolution, s'empare, sans effusion de sang, et à l'improviste, des commandes du Pays. Un jeune capitaine, de 27 ans, qui sera promu, une semaine plus tard, Colonel, lit à la radio le premier communiqué de ce nouveau régime qui se veut progressiste, moderniste et, même, dit-il, révolutionnaire.
Dans ce communique, l'archaïsme de la monarchie, son réactionnisme ainsi que ses dépendances vis à vis des régimes impérialistes occidentaux furent avancés par ce jeune capitaine, nommé Khadaffi, comme ultime explication de cette révolution blanche. Ce n'est, pourtant, qu'une partie de la motivation principale. L'autre est que ce coup d'état est un sursaut d'orgueil de la part de l'armée libyenne, particulièrement celle de l'air, pour laver l'affront que son roi lui infliga deux ans auparavant. Plus précisément, le 5 juin 1967. Ce même jour ou la Nation Arabe toute entière a reçu un coup de massue sans précèdent depuis, au moins, la perte de l'Espagne musulmane.
Au lever du soleil de ce jour, que les égyptiens n'oublieront, probablement, jamais, les avions israéliens ont remporté la bataille avant même qu'elle commence en clouant au sol la majorité des appareils militaires égyptiens par la destruction de leurs pistes, indispensables pour leur décollage ainsi que pour leur atterrissage.
Ces aviateurs israéliens qui ont réussi ce coup de maître n'ont pas, seulement, profité de la supériorité de l'armement américain dont ils disposaient mais, aussi, de la possibilité de contournement du front de combat, le Sinai, qu'elle offrait, admirablement bien, la base militaire américaine de Tripoli. Possibilité qui permet d' attaquer de flanc l'Egypte et de là ou elle s'attendait le moins, la Libye.
Le roi Senoussi avait, en effet, permis quelques semaines plutôt, l'utilisation de la base aérienne de Weels, la plus grande du Moyen-Orient, au profit des manoeuvres militaires israéliens. Ce qui a eu pour effet immédiat de prendre, d'une part, l'Egypte par surprise et, de l'autre, d'humilier ses officiers libyens, majoritairement pro-Nasser, qui ont compris rapidement l'intrigue royale. Les américains, sentant la gronde montée dans l'armée et parmi la population, ont, pourtant, averti leur roi allié qui, en grand soufi, n'a pas jugé utile de prendre ses précautions.
Cette révolution, sans aucun doute, salutaire est intervenue tardivement dans un monde arabe dont les forces d'inertie réactionnaires s'apprêtaient à prendre le dessus sur d'autres forces révolutionnaires et progressistes. Ces dernières étant guidées, à l'époque, par un Nasser au bout de souffle, usé par les défaites, les maladies et les trahisons, et dont la providence ne lui accordait, désormais, qu'un an à vivre, laissant par sa mort, en 1970, orphelins, les nouveaux révolutionnaires de Tripoli.
Orphelinat qui explique, peut-être, l'évolution de cette insaissable révolution libyenne qui s'oriente vers toutes les directions et qui occupe toutes les places tout en étant, selon ses détracteurs, nulle part.
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