Daddah : La Chute d’une icône
L'erreur n'est pas crime. Sénèque.
Son nom de famille a marqué l’histoire de la Mauritanie. Son grand frère est considéré, à juste titre, comme le père fondateur de la Nation. Une Nation sortie du néant historique, du désert géographique et de l’imagination débordante d’une génération menée par ce frère que les Mauritaniens, lui, sont, à jamais, reconnaissants. Ce qui explique certainement sa crédibilité de candidat naturel, et éternel, à la magistrature suprême. Le succès de son frère, à la tête de la Mauritanie, n’est imaginable qu’après la lecture des mémoires des historiens marocains, des coopérants chinois, ou des ambassadeurs français qui ont connu le pays à son époque. Personne n’aurait imaginé, par exemple, que le président d’un pays naissant et contesté par ses voisins aurait servi d’intermédiaire entre Mao et Nasser. Pourtant, son frère l’a fait. Seulement, il y’a un bémol. Si le prestige s’hérite, le succès lui n’est pas contagieux.
Tout en étant profondément démocrate, au moins jusqu’à son arrivée au pouvoir, il n’a cessé de servir de caution morale à des régimes qui le sont beaucoup moins. Son statut d’opposant professionnel face à Taya n’a fait que servir à ce dernier de facteur légitimant son régime dictatorial, semi militaire et corrompu. Sa participation active à la transition piégée par le militaire du CMJD a, une fois de plus, embelli et crédibilisé un jeu dont les dès sont largement pipés. La fascination que le pouvoir exerce sur lui l’a rendu, malgré une intelligence incontestable, complètement prévisible. Une faiblesse que les militaires n’ont pas manqué de reprendre à leur compte de nouveau. Une fois de trop certes. Car voir ce vieux opposant, pilier de la lutte démocratique du pays, légitimer dès les premières heures du coup d’état du 06 août l’action des généraux putschistes renversant un régime civile, est quelque chose de difficilement concevable. Pis encore, qu’il soit dans le secret de la machination. Le drame que vit le peuple mauritanien actuellement est complexe et composé. Il n’a pas seulement perdu son président, sa démocratie et sa paix civile. Mais il a , aussi, perdu un chef d’opposition sur lequel il avait mis beaucoup d’espoir. Le vrai défi que le président Daddah a devant lui aujourd’hui est de reprendre sa position de chef de file de l’opposition. Autrement dit, de se relever. Il vient, justement, de chuter.