Le Gouvernement Lunaire
Si le mot gouvernement est issu du verbe « gouverner » on doit, sans tarder, trouver un nom de substitution pour cette équipe qui vient d’être nommée. Et pour cause, celle-ci fera tout sauf gouverner. Et elle n’a rien pour le faire. Ni légitimité, ni reconnaissance, ni crédibilité. Tout est récompense et calcul de stratégie pour faire accepter aux Mauritaniens, et aux autres, le putsch du 06 aout 2008. Une inquiétante fuite en avant entreprise par les Militaires, dont la barque prend l’eau d’une façon croissante et continue. Une fuite qui finira en queue de poisson avec tous les dégâts qu’on peut imaginer pour eux et pour le peuple mauritanien, l’otage principal de cette fuite.
Quant à un gouvernement proprement dit, le Haut Conseil d’Etat n’en a tout simplement pas besoin. L’actuel conseil militaire est présent à tous les niveaux de l’administration par l’intermédiaire de ses supplétifs civils. Sa gourmandise au pouvoir l’a poussé à préserver tous les attributs de souveraineté.
La nomination d’un ministre secrétaire général de la présidence du HCE, de surcroit un ancien premier ministre, rend les choses ingérables. Elle contribue, en effet, à fragmenter le reste du pouvoir civil devant un pouvoir militaire unifié et représenté par la personne du General président du HCE. Dorénavant, deux primatures complètement indépendantes vont s’affronter pour se montrer plus fidèle aux Militaires. Une fragmentation qui a atteint, même, les députés frondeurs, fer de lance du putsch et caution morale des militaires.
Dans sa course effrénée vers la reconnaissance internationale, le HCE a joué sa dernière carte. Il a nommé des personnalités plus connues à l’étranger qu’au pays. Sans parler de ceux qui sont simplement des citoyens étrangers. Au moins, pour ces derniers le problème des visas ne se posera plus.
En Mauritanie, on a l’habitude de spéculer sur la durée de vie d’un gouvernement. Pour celui-ci dépasser le Ramadan sera un véritable exploit. Il est ce qu’on appelle un gouvernement lunaire.